sam

19

jun

2010

ISTRES. CORRIDA DE TORREHANDILLA.

Une belle affiche concoctée par Bernard Marsella pour cette corrida d’ouverture où figuraient au paseo deux des pointures de l’escalafon, El Juli dans un des meilleurs moments (si ce n’est le meilleur) de sa déjà longue carrière, et Sébastien Castella lui aussi dans une bonne passe pour ses dix ans d’alternative fêtés en deux paseos lors de cette feria. Le troisième homme du cartel, Javier Conde, demeure toujours l’incertitude d’une affiche et il le démontra encore ce jour. Quant aux toros, ils donnèrent un jeu varié, en-dessous de celui qu’ils offrirent l’année précédente, mais suffisant pour permettre le succès. Armés pour la circonstance et bien roulés, ils s’employèrent peu au cheval en 4 piques et autant de picotazos pour les cinq premiers, le manso sixième ne prenant que trois refilones au galop.

 

Javier Conde ne sembla pas inspiré par le toro d’ouverture qu’il accueillit très prudemment. Après piques et banderilles, le gominé torero prit la muleta pour quelques coups de torchon expédiés en trois minutes et en reculant avant de monter l’épée . Trois quarts de lame en prenant les extérieurs. Bronca.

Le quatrième lui plut davantage, entendez par là que Conde consentit à toréer. Encouragé par un public de bonne composition, Javier sembla prendre confiance et servit quelques véroniques maison rématées par demie. Après brindis a todos, l’espagnol entama sa faena sur la corne droite, distillant plusieurs séries d’identique composition à base de derechazos suivis de changement de main et pecho à un animal faiblard qui chuta quelques fois pendant le travail. Alternant main droite et main gauche à distance raisonnable, Conde laissa quelques détails fleuris de toreo sévillan, esquissant même quelques pas de danse sui generis en fin d’actuation. Trois-quart desprendida après avis. Palmitas.

 

El Juli est le torero à ne pas manquer. Il se saisit du 2 en belles véroniques, demie et rebolera puis le conduisit au cheval pour une pique dont il dosa l’intensité afin d’économiser les forces du Torrehandilla, lequel en perdit quelques unes dans la vuelta de campana qui suivit. Quite du maestro par chicuelinas serrées et demie au centre. Brindée au public, la faena pléthorique fut un panaché de ce qui se fait de mieux en matière de toreo : le lecteur ne m’en voudra pas d’oublier quelques suertes en route dans mon énumération, car à la fois photographier, prendre des notes et se remplir les yeux relevait de l’impossible. Débutant sa faena par genou plié, puis enchainant par naturelles, pecho, naturelles encore et trincherilla, Julian étoffa son travail en alternant main droite et main gauche, liant la sauce par changements de main dans le dos ou sur le devant façon Ponce et terminant par trois circulaires inversées en s’enroulant le bicho autour de la ceinture. Juli signa son travail d’une belle entière roulant un toro qui lutta longuement contre l’inéluctable et laissa ses deux pavillons dans les mains du madrilène.

Le quinto fut long à fixer au capote. Sorti de l’unique pique avec des moyens limités, il entra avec une certaine violence dans la muleta de Julian qui lui servit de ce fait quelques séries électriques sur les deux bords en début de faena. Puis s’assagissant, le Torrehandilla suivit plus docilement le leurre dans les séries ambidextres suivantes. Rechignant à collaborer en fin de faena, le bicho dut capituler dans une grande circulaire sur la corne gauche, Julian montrant qui était le patron. Deux magnifiques trincherillas pour remater le tout et entière contraire hémorragique après pinchazo. Nouveau trophée pour le maestro.

 

Sébastien Castella faisait son premier paseo après quinze jours de convalescence dus à la bousculade de Madrid. Pour sa rentrée, il hérita des deux toros les plus compliquée de la course. Le 3 était un mansote imprévisible qui jouait de la corne, se retournait vite et mesurait ses charges. Sébastien sembla pourtant l’ignorer, l’accueillant un genou à terre, puis l’embarquant dans des véroniques en paron suivies de chicuelinas serrées et demie. Peu piqué, le bicho afficha ses mauvaises manières (à droite surtout) dès les premiers doblones, les confirmant sur un extraño qui mit Castella en danger. Cogido heureusement sans mal, le biterrois reprit la lutte sur la corne gauche, imposant naturelles et trincherilla. Désarmé par la corne droite, Sébastien reprit la gauche, puis revint à droite pour s’efforcer de corriger le défaut de l’animal, ce qu’il parvint à faire momentanément avant que son opposant ne finisse par rompre le combat pour choisir l’abri des planches. Castella essaya en vain de l’en déloger, puis le coucha d’un mete y saca de côté. Salut au tiers.

Sébastien hérita en second lieu d’un castaño manso qui ne voulut pas voir le cheval et qui prit trois refilones en essayant de désarmer le piquero. Sébastien sut lui donner confiance en début de faena en le laissant dans sa querencia, puis il le conduisit progressivement vers le centre où il l’embarqua dans trois bonnes séries de la droite. La corne gauche permettait moins et Sébastien n’insista pas. L’animal se figeant progressivement, Castella se mit dans les cornes pour lui tirer les derniers muletazos avant d’en finir par entière caidita. Deux oreilles (la seconde ne s’imposait pas).

 

Juli et Castella sortirent a hombros. La feria était lancée !

Paco 

Reportage photo : Paco.

 

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